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Investissement, croissance, emploi : le Gouvernement s’explique sans convaincre - Par Abdeslam Seddiki

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L’intervention du Chef du Gouvernement devant la Chambre des Conseillers le 10 mai dernier, dans le cadre de l’article 100 de la constitution, sur la question relative à l’investissement et l’emploi ne doit pas passer inaperçue. Elle mérite un véritable débat eu égard aux enjeux multiples qu’elle soulève. C’est une question nodale dans la mesure où elle touche à différentes problématiques. On aurait aimé que les acteurs politiques de la majorité comme de l’opposition s’y intéressent qui pour développer l’argumentaire et qui pour apporter l’alternative. Malheureusement, tel n’est pas le cas.

En lieu et place d’un débat tel qu’il devrait être, on a eu droit à des échanges insultants puisant dans un langage animalier qui n’intéresse en aucune manière les citoyens.  Au contraire, de telles pratiques ne feraient qu’éloigner davantage les Marocains de la politique, creuser l’écart avec les partis politiques et renforcer leur désaffection et leur dégout à l’égard de ces professionnels de la « parole vide ». 

Oublions cette « clochardisation politique » et intéressons-nous à la problématique soulevée qui pèse sur le présent et l’avenir de notre pays. Le sujet abordé par le Chef du gouvernement, et avant lui par le Wali de Bank Al Maghrib (voir son intervention devant les deux commissions du parlement le 15 février 2022) nous interpelle et mérite notre attention. Notre propos ne consiste pas à discuter point par point l’allocution du Chef du Gouvernement, mais plutôt à soulever certaines incohérences et à relever quelques   imprécisons et insuffisances d’approche.

Tout d’abord, les chiffres avancés par le Chef du gouvernement relatifs à la répartition de l’investissement entre le public et le privé mettent le lecteur non averti dans l’embarras. En effet, en annonçant que l’investissement public représente 65 % de l’investissement (contre une moyenne mondiale de 20%) et par conséquent l’investissement privé ne représente que 35%, et sur la base d’un taux d’investissement de 30% du PIB (contre une moyenne mondiale de 25%), on déduirait logiquement que le premier, à savoir l’investissement public, représente 20% du PIB et le second (investissement privé) représente 10%. Or, contre toute logique, les rédacteurs de l’intervention du Chef du Gouvernement, ne l’entendent pas de cette manière. Ils se contredisent à la page suivante en estimant que l’investissement public représente 16% du PIB tout en évaluant, par ailleurs, l’investissement privé à 100 MM DH (moins de 10% du PIB).

Un tel écart dans un document officiel est pour le moins inadmissible, car il risquerait de semer le doute sur la crédibilité de notre appareil statistique.  Peut-être qu’il aurait fallu préciser comme l’a fait judicieusement le Wali Bank Al Maghrib dans son exposé susmentionné que « les informations sur l’investissement privé au Maroc restent fragmentaires et disponibles mais le plus souvent après un certain délai, ce qui ne permet pas une appréciation à temps de son évolution ». 

Par ailleurs, tout en se félicitant de l’amélioration du climat des affaires et de la reprise des investissements directs étrangers, Le Chef du Gouvernement déplore, à juste titre, la faiblesse de l’efficacité et du rendement de l’investissement en général. On s’attendait, par conséquent, à ce qu’il nous expliquât les raisons de cette faiblesse et les mesures à prendre pour la dépasser. C’est peine perdue.

Rappelons que le rendement du capital est mesuré par l’ICOR (Impremental capital output Ratio) qui signifie le rapport entre l’investissement et la croissance économique. Plus ce rapport est faible, mieux l’investissement est rentable. Concrètement, avec un taux d’investissement de 30% et un ICOR de 9,4, c’est le cas du Maroc, on obtient un taux de croissance de 3,2%. (C’est exactement le taux prévu par la loi de finances 2022). Bien évidemment, ce résultat est plus un constat qu’une explication.  Il faudrait aller plus loin dans la démonstration pour expliquer le pourquoi. 

Pour ce faire,  plusieurs facteurs explicatifs  peuvent être avancés : d’abord, de par sa nature, l’investissement public, portant essentiellement sur l’infrastructure et les secteurs sociaux, est indirectement productif, et comme tel, sa rentabilité n’apparait qu’à moyen et long terme ; le deuxième facteur tient à la  gouvernance du portefeuille  public qui pâtit d’une mauvaise gestion pour ne pas dire plus  (cf les différents rapports de la Cour des Comptes) ; le dernier facteur, enfin, réside  dans  la nature  et l’orientation du capital privé.

Ce dernier est attiré davantage par les activités spéculatives de rente au détriment des activités productives et créatrices d’emplois. Dans de telles conditions, miser sur l’investissement privé et porter sa part à deux-tiers de l’investissement global à l’horizon 2035, comme le prévoit le NMD et la nouvelle charte d’investissement en cours de finalisation est une gageure. Cela nécessite une véritable révolution culturelle qui passerait par l’éradication de la rente, l’instauration de l’Etat de droit dans les affaires, le respect des règles d’une concurrence loyale garantissant l’égalité des chances et valorisant les compétences et le mérite. 

D'autres affirmations du Chef du Gouvernement méritent des éclaircissements. Pour ce qui est de la substitution de la production nationale aux importations, on a dénombré effectivement 918 projets portant sur un investissement global de 39,4 MM DH et la création de près de 200000 emplois directs et indirects.

C’est une excellente nouvelle mais on attend la réalisation sur le terrain. La même remarque vaut pour les investissements agréés par la Commission Nationale de l’investissement privé. Au nombre de 46 projets, ces investissements sont évalués à 33,3 MM DH générant 14200 emplois directs et indirects. Une première :  l’enseignement supérieur et la santé font partie des secteurs bénéficiaires en plus du tourisme, de la logistique et de l’industrie. 

Le fait que l’industrie arrive en dernière position est significatif.  Cela confirme, si besoin est, le caractère spéculatif du capital privé et son aversion au risque. Autre remarque concerne les salariés déclarés à la CNSS. Le Chef du Gouvernement relève avec une note de satisfaction l’augmentation des travailleurs déclarés à la CNSS de 100 000 en une année passant ainsi de 2,6 millions en février 2020 à 2,7 millions en février 2021. Soit. Mais quand on compare ces chiffres à celui d’avant covid, soit 3,54 M en 2019, il n’y a pas vraiment de quoi se pavoiser ! Au contraire, c’est un pas en arrière par rapport à l’objectif de généralisation de la couverture sociale sur lequel notre pays s’est engagé. 

En conclusion, osons espérer que ces remarques trouveraient un écho favorable auprès de nos responsables. L’objectif escompté étant de servir notre pays et de contribuer, chemin faisant, au rehaussement du niveau du débat démocratique dont le pays a grandement besoin. De la discussion jaillit la lumière. On ne le dira jamais assez.



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