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L’Algérie a 60 ans… en principe l’âge de la raison ! - Par Aziz Boucetta

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En juillet 1962, après 132 ans d’occupation et 8 ans de guerre contre la France, l’Algérie obtient son indépendance et devient un pays, un Etat, un nouvel Etat sur l’échiquier mondial. Elle prend pour appellation « République algérienne démocratique et populaire », avant de se laisser dominer depuis cette période, peu ou prou, par son armée. Jusqu’à aujourd’hui encore…

Et de 1962 à 2022, ce sont soixante années de conduite erratique, alternant entre des présidences militaires et de récurrentes périodes de vacance du pouvoir… ou l’armée n’est jamais bien loin. Coups d’Etat, assassinat de président, décennie noire avec 250.000 morts, un président grabataire suite un AVC, « réélu » en 2014 et hardiment « candidat » en 2019, avant une vague de contestation populaire aussi longue qu’inédite dans l’histoire du pays.

Tout cela a bien évidemment abouti à une économie déstructurée, dans laquelle l’industrie ne se fonde sur aucune stratégie ni perspective, où le secteur public est hypertrophié, et qui s’appuie presqu’exclusivement sur la manne énergétique. Les hydrocarbures représentent encore 95% des exportations du pays et assurent plus de 50% du budget de l’Etat. Quant à l’agriculture, au tourisme et à bien d’autres secteurs, ils n’ont jamais vraiment bien démarré, l’économie algérienne étant une économie de rente où les entrées en devises servent à l’achat de la paix sociale.

En réalité, et pour reprendre la définition de la Prusse proposée par Mirabeau au 18ème siècle, « l’Algérie a une armée qui dispose d’un Etat ». Tout est bon, tout est permis, rien n’est assez beau pour l’Armée nationale populaire, dont les généraux se trouvent peu ou prou dans l’ensemble des strates du pouvoir. L’ANP achète du matériel à tour de bras, même inutile, comme les six sous-marins à propulsion diesel acquis auprès de la Russie. Et c’est l’armée et ses chefs, en situation (mentale) de guerre permanente, qui imposent au pays tout entier cette mentalité d’assiégé dont la culture psychotique du secret conduit à l’opacité du régime algérien.

Le fin connaisseur des arcanes politiques du pays qu’est l’ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt, auteur de « l’énigme algérienne » (Editions de l’Observatoire, 2022), affirme que ce pays vit en permanence avec deux ennemis éternels : la France et le Maroc. A la France, Alger ne pardonne pas les 124 ans de colonisation et les 8 ans de guerre, et au Maroc, Alger ne pardonne pas le simple fait d’exister. Mais ces deux pays favorisent le complexe obsidional des généraux algériens et des présidents qu’ils adoubent, les conduisant à des situations diplomatiques ubuesques, voire kafkaïennes (le dossier du Sahara), et les entraînant parfois à des actes dangereux (la dernière attaque de Melilla par des migrants venus d’Algérie).

La situation actuelle du pays est caractérisée par l’arrivée au pouvoir fin 2019 du duo Abdelmajid Tebboune dans le rôle figuratif du chef de l’Etat, sévèrement et étroitement cornaqué par le général Saïd Chengriha, lui-même responsable (documenté) de tant de morts dans son pays durant la « décennie noire ». Ils remplacent deux personnages autrement plus prestigieux, et meilleurs connaisseurs que leurs successeurs des nouveaux défis et enjeux internationaux.

MM. Tebboune et Chengriha se sont inscrits dans une logique de surenchère contre Paris et Rabat, et surtout contre Rabat. Imputation au Maroc de tous les maux algériens, rupture des relations diplomatiques, et jusqu’à des décisions et mesures enfantines : Refuser de nommer le royaume par son nom, mais par cette amusante expression « un pays d’Afrique du Nord », lequel « pays d’Afrique du Nord » voit sa carte escamotée et son hymne national charcuté lors de l’ouverture des Jeux Méditerranéens 2022…

Le plus grand responsable du marasme actuel de ce pays, qui aurait pu être grand autrement que par la géographie, est sa population qui, après un Hirak prometteur en 2019, a interrompu son mouvement et semble s’accommoder de la médiocrité de ses dirigeants. Or, ces derniers mènent le pays à sa perte, tant sur les plans économique que politique, diplomatique et géopolitique. Les généraux entretiennent cette haine du « Marrok », une haine ou a minima un rejet qui, en dépit des dénégations, se retrouve dans de larges pans de la population.

Pendant ce temps, avec ses problèmes et ses vicissitudes, ses manquements et ses ratés, le Maroc avance, ignorant son voisin qui, lui, n’a d’yeux que pour lui. C’est regrettable car ensemble, le Maghreb aurait pu exister, et s’il avait réellement existé, c’est la face de la Méditerranée qui en aurait été changée !

Il faut attendre donc, que la sagesse s’installe dans les cœurs et les esprits des dirigeants algériens. Et en principe, célébrer un 60ème anniversaire, c’est célébrer la sagesse… Espérons mais en attendant, gémissons !



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