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La diplomatie classique ne suffit plus à elle seule au rayonnement du Maroc - Par Aziz Boucetta

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Dire que la diplomatie marocaine atteint ses limites ne signifie nullement qu’elle soit désormais bridée ou qu’elle entame la phase des rendements croissants, bien au contraire… Cela veut dire que quand la diplomatie politique, classique, « professionnelle », est portée haut, ce qui semble être le cas aujourd’hui, il est temps de la doubler, de l’appuyer, de la renforcer par les autres formes de diplomatie, plus ciblées, plus directes, plus centrées sur l’humain que sur l’Etat.

Quand en 1981, le diplomate américain Joseph Montville avait posé les principes de la diplomatie parallèle, il pensait essentiellement à des conflits à résoudre par d’autres canaux que ceux de la diplomatie officielle, avec sa menace sous-jacente d’usage de la force, de la contrainte, du lobbying offensif… Dans un article paru dans le magazine Foreign Policy en 1981, le diplomate expliquait que
« les conflits réels ou potentiels peuvent être résolus ou atténués en faisant appel aux capacités humaines communes pour répondre à la bonne volonté et au caractère raisonnable. Les échanges scientifiques et culturels sont des exemples de la deuxième voie diplomatique. Les deux voies (de la diplomatie) sont nécessaires pour des raisons psychologiques et les deux ont besoin l'une de l'autre ».

Aujourd’hui, avec la mondialisation économique, l’internationalisation technologique, la mutualisation des différents défis (migratoires, climatiques…), l’émergence de puissances alternatives et le développement de blocs régionaux, les États sont de plus en plus conscients des contraintes de la nouvelle scène internationale.

La puissance n’est plus l’apanage des traditionnels Grands, mais est désormais « partagée » avec les nouveaux pôles d’influence régionaux. Le PIB et la force militaire ne sont plus les seuls facteurs déterminants, d’autres sont apparus et peuvent, voire doivent, atténuer les faiblesses de « hard power » et accompagner en la renforçant la diplomatie traditionnelle.

Au Maroc, la diplomatie reste de l’unique ressort du ministère des Affaires étrangères, et pourtant…

Pourtant, entre le culturel et le civilisationnel, l’environnemental et le musical, l’universitaire, le sanitaire et même le sécuritaire, l’agricole, le gastronomique et d’autres encore, et même les anciens diplomates en retraite, les pôles d’influence ne manquent pas pour faire connaître le royaume, qui dispose de bien des atouts pour cela. Avec notre très modeste PIB, tous les efforts de Nasser Bourita se heurteront un jour ou l’autre, si ce n'est déjà le cas, à la realpolitik du « combien de divisions » ? 

Un exemple… Lorsque le Maroc a voulu s’imposer dans la résolution du conflit libyen, ou même malien, il est clairement apparu que sa très relative puissance a des limites. A l’inverse, dans le bien plus ardu conflit israélo-palestinien, la présence marocaine est davantage marquée. Dans les deux premiers cas, la diplomatie classique hoquette et tourne en rond, mais dans le troisième cas, les canaux de discussion parallèles (culturels, historiques, sécuritaires, confessionnels…) paraissent plus décisifs, même si leurs résultats tardent encore à rayonner.

Par ailleurs, les Marocains du monde – abusivement regroupés sous l’appellation de « diaspora » – sont partout présents, actifs et influents, chacun à partir de sa position. Qu’ils soient scientifiques de renommée mondiale comme Rachid el Yazami, Rachid Guerraoui ou Moncef Slaoui, de simples citoyens expatriés (comme la famille Atmani en Colombie), des médecins de renom ou de hauts dirigeants d’entreprise (comme Imad el Baraka en France), et tant d’autres…

Ces personnes occupent des positions fondamentales dans le vaste monde et leur apport au royaume ne doit pas être négligé, comme cela semble être le cas.

Le ministère des Affaires étrangères dispose bien d’une direction de la diplomatie publique et des acteurs non étatiques, mais elle ne semble pas s’appuyer avec l’énergie requise sur ces acteurs non étatiques. La cause en est le strict « monopole » exercé par la diplomatie classique sur toutes les autres formes, qui devraient être rattachées à la présidence du gouvernement (ou même au palais), et suivies par l’institution parlementaire qui abrite deux commissions des Affaires étrangères.

La « rudesse » enregistrée ces dernières années par cette diplomatie classique ne saurait persister ni résister sans un « adoucissement » offert par une diplomatie parallèle.

Aujourd’hui, le Maroc manque d’ambassadeurs itinérants de la culture, de l’environnement, de l’université, de la santé publique, … , de tous ces domaines où il dispose d’un avantage relatif. Les bonnes volontés sont présentes, doublées de haute efficacité et de patriotisme certain, en fin de carrière ou non, mais à même de constituer l’avant et l’arrière-garde de la diplomatie professionnelle.

Ainsi que le disait Joseph Montville, « les deux voies de la diplomatie ont besoin l’une de l’autre ». Et le Maroc, pour son rayonnement dans un monde de plus en plus compliqué, a non seulement besoin des deux mais ne peut faire l’économie d’aucune des deux.



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