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La sobriété : Un modèle économique de riches - Par Mustapha SEHIMI

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Limiter le chauffage à 19°C : voilà qui préoccupe les Français et d’autres européens dans la perspective de l’hiver. Il est question de sobriété énergétique, de " petits gestes" attendus des citoyens. Mais de quoi parle-t-on au juste ? C’est là un concept flou qui est diversement accueilli par les uns et les autres.

Cela se limite-t-il à " consommer moins" ou " mieux" en même temps ? Mais alors comment s’orienter vers des modes de consommation plus sobres dans les domaines de l’alimentation (plus de produits bio, locaux, équitables…) et de l’énergie ? Pour l’heure, l’on a affaire à du déclaratif, des intentions appelées à inaugurer l’aube d’un basculement comportemental. Certains évoquent même une "sobriété heureuse". Voire.

Qui doit consommer moins ?
La problématique centrale est celle-ci : répondre aux défis socio-économiques. Ces dernières années, la majorité des acteurs de la société n’ont pu évacuer l’acuité particulière des problèmes écologiques : réchauffement climatique, crise de la biodiversité, dégradation des sols, pollutions atmosphériques- autant d’urgences collectives. L’idée avancée ? Que chacun devrait simplement accepter de vivre mieux avec moins et réapprendre ainsi à profiter des choses simples de l’existence ; et si chacun le faisait, collectivement pourrait être réduite la pression sur la nature.

Sur le papier, en théorie, l’idée est séduisante. Mais n’est-elle pas en décalage complet avec l’époque. D’une autre manière, comment prôner et soutenir un certain renoncement matériel alors que beaucoup manifestent justement pour leur pouvoir d’achat ? A se demander s’il n’y aurait pas deux catégories de citoyens : ceux, engagés,"consommacteurs"  acceptant de modifier voire de renoncer à leurs mode de consommation pour la planète ; et ceux, égoïstes, préoccupés surtout par leur niveau de consommation. En d’autres termes, penser la société heureuse n’est-ce pas en quelque sorte une idée, un privilège même de riches ?

Cela dit, peut-on imputer la responsabilité de la catastrophe écologique à venir à la somme des comportements de consommation individuels ? Dans les pays développés, sans doute les modes consommation sont polluants, dans leur ensemble et en moyenne. Mais la hiérarchie des salaires fait que les impacts environnementaux peuvent être d’ordres de grandeur différents. Les études le confirment : la majorité des émissions de CO2 sont générées par les plus riches.

Alors ? Avec la "société heureuse", à qui s’adresse-t-on ? Qui doit "consommer moins ? Tout le monde ? L’inégalité est là : pour les consommateurs aisés, renoncer à certains biens matériels est aussi plus simple : c’est beaucoup plus accessible lorsqu’on dispose de beaucoup à la base. Mais à l’inverse, pour ceux dont le quotidien est de vivre "comme on peut", il est évidement que l’exigence d’un sacrifice supplémentaire est beaucoup plus difficile et plus complexe. Quelque 500 millions de personnes vivent dans le continent –pour ne citer que l’Afrique- sous un seuil de pauvreté de 1,90$ PPA/jour. Par suite de la pandémie COVID-19, 55 millions d’autres ont basculé dans l’extrême pauvreté  en 2020-2021.

Comment escompter leur appliquer la "sobriété" alors que le quotidien est à ce niveau ? Comment faire valoir qu’il leur faut consommer moins, mais mieux ?

L’idéologie d’une croissance continue
Le discours sur la sobriété heureuse présente un paradoxe : celui d’une logique purement économique. Il récuse la société de consommation actuelle mais en reprenant pourtant ses logiques ; ce serait aux consommateurs d’agir pour orienter et infléchir le système, et ce dans une pure  logique de marché. N’est-ce pas au fond le système socio-économique qui dans son ensemble produit une telle situation ? Ce ne sont pas les consommateurs qui ont la main et qui décident de son fonctionnement : tant s’en faut. C’est en effet un système en place, structurant, qui est le produit de forces politiques et économiques dépassant les consommateurs lesquels subissent : ils ne sont qu’un petit rouage. Le débat est réduit à une simple équation d’ordre et de demande. Il se résume à une injonction à être un consommateur responsable.

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