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Tunisie : ça ne sent plus le jasmin - Par Ahmed NAJI

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La nouvelle constitution tunisienne, qui instaure un régime présidentiel, a été adoptée à quelques 93% des voix exprimées, lors du référendum tenu le 25 juillet.

Seuls 27,54% des inscrits sur les listes électorales, soit 2,4 millions de votants sur 9,3 millions, ont participé au scrutin référendaire organisé dans ce pays maghrébin pour l’adoption d’une nouvelle constitution.

Mais comme aucun seuil de participation minimum n’a été fixé pour valider le vote, la nouvelle loi fondamentale de Tunisie sera, donc, quand même adoptée.

Les opposants au président Kaïs Saïed, les islamistes du parti Ennahda en premier, étaient donc mal avisés d’appeler à l’abstention. Le chef de l’Etat tunisien a, désormais, les mains libres pour gouverner le pays à sa guise.

Une révolution pour rien
La première remarque est que les électeurs tunisiens accordent de moins en moins de crédit aux urnes pour en voir sortir les dirigeants politiques aptes à réaliser les espoirs de la « révolution de Jasmin ».

Le 14 janvier 2011, le dictateur Zine El Abidine Ben Ali abandonne le pouvoir et s’enfuit en Arabie Saoudite, sous la pression des manifestations réclamant son départ.

C’est le suicide par immolation d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, le 17 décembre 2010, qui en a été le catalyseur.

Les motivations profondes résident, toutefois, dans le ras-le-bol suscité par un régime foncièrement corrompu, qui ne pouvait ni ne voulait, de toute évidence, pas se réformer.

Crédibilité en berne
Au cours des premières élections législatives post-révolution, tenues le 23 octobre 2011 et remportées par le parti islamiste Ennahda, 52% des électeurs inscrits ont participé au scrutin.

Ils n’étaient plus que 32% lors des législatives du 6 octobre 2019, organisées en vertu de la nouvelle constitution tunisienne, adoptée pour sa part le 26 janvier 2014.

Les Islamistes d’Ennahda sont encore une fois arrivé en tête, mais avec moins de sièges à l’assemblée des représentants du peuple.

César à Carthage

Le 23 du même mois, c’est Kaïs Saïed qui est porté à la présidence de la république.

D’un profil plutôt conservateur et assez populaire auprès des jeunes, des classes moyennes appauvries et de tous les déçus de la révolution du jasmin et du parti Ennahda, Kaïs Saïed ne s’est jamais entendu avec les leaders politiques islamistes, en particulier le machiavélique Rachid Ghannouchi.

Le torchon a fini par brûler entre les deux parties quand Kaïs Saïed, le 25 juillet 2021, il suspend le parlement, avec l’appui tacite de l’armée.

Ordre vs chaos
Le 22 septembre 2021, le président tunisien achève sa prise de contrôle du pouvoir législatif en s’octroyant le droit de gouverner par décret.

Les Tunisiens sont-ils dupes ? Tout semble indiquer qu’ils savent parfaitement ce qu’ils font, profondément outrés par l’incurie d’une classe politique volontiers querelleuse mais d’une incurable inefficacité.

« Je suis en faveur d'un président qui a tous les pouvoirs et dirige le pays d'une main forte », déclare un citoyen tunisien à un journaliste de France24. « C'est mieux que d'avoir un pouvoir émietté, où tout le monde se renvoie la balle ».

Douce dictature…
Une tunisienne est allé encore plus loin : « on ne craint pas une petite dictature pour nettoyer le pays ». Avant de tenter de se rattraper : « le peuple tunisien a déjà chassé un dictateur une fois, on pourra le refaire ».

Il n’est pas interdit de rêver, même si au réveil, la réalité tiendrait plutôt du cauchemar. Ben Ali doit en éclater de rire dans sa tombe.

Qu’est-ce qui fait que la moitié des électeurs tunisiens de 2011, enthousiasmés par la démocratie naissante, a voté en faveur d’un texte fondamental qui marque une sorte de retour à l’ancien régime ?

L’échec des élus

S’il est question de la déception des Tunisiens, qui voyaient en la révolution l’espoir de rehausser leur niveau de vie similaire pour atteindre celui des peuples d’Europe, la cause est donc à chercher dans l’échec des responsables politiques élus.

L’on assiste, en fin de compte, à l’effondrement des illusions engendrées par la révolution tunisienne, la première du « printemps arabe », avec, en toile de fond, le discrédit populaire qui a frappé les formations politiques issus de la mouvance des Frères musulmans.

Le crépuscule des islamistes
Les mouvements politiques à référentiel religieux disposent toujours d’un noyau dur de militants et de sympathisants, qui ne va jamais manquer de voter sur une base idéologique.

Les islamistes ne sont, cependant, plus aptes à mobiliser de larges franges des électeurs dans le monde arabe.

Rarement dans l’histoire, un courant idéologique n’a été aussi rapidement usé par l’exercice, ou juste la proximité, du pouvoir.

Le retour de l’autoritarisme
L’autoritarisme est-il la forme de régime politique qui conviendrait, de ce fait, le mieux aux peuples arabes ? Rien ne permet d’accorder le moindre crédit à une telle ineptie.

Il faudrait néanmoins reconnaître la difficulté des sociétés arabes à générer des élites politiques qui pensent à servir plutôt que de se servir et à agir en concertation pour le bien public plutôt que de s’étriper entre eux sur le partage du butin.

Toute une génération de militants arabes pour la démocratie, affaiblie par sa naïveté politique, voit, donc, la page du mal nommé printemps arabe, définitivement tournée.



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